Article de P.-J.S., paru dans Réjouis-toi en janvier 2017

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Écrit par P.-J.S.

" T o u d i   f i ê t e   e t   f i ê t e   à   t e r t o u s "

Les responsables de notre région pastorale peuvent être contents : l’appel qu’ils ont lancé par le titre de la revue que vous tenez en main a été, ici à Thimougies, pleinement entendu. Le comité des fêtes, l’asbl Moulin-à-vent, les avait même devancés de son slogan : « ch’ést toudi fiête » !

Un coup d’œil sur son ample calendrier festif peut nous en convaincre : foire aux moules du 3e weekend de janvier, St Joseph (le 19 mars, comme chacun sait) de la Confrérie de la planteuse à patates, chasse aux œufs du lundi de Pâques en coordination avec les portes ouvertes au marais d’Hurtebise, Art’s Thimougies du 3e weekend de juin – le jogging des Crêtes du Tournaisis, la foire artisanale, la biennale des épouvantails – et, après les grandes vacances, « les potes’iront » – marché aux potirons, omelette géante, balades à dos de poney ou d’âne – le cortège d’Halloween, la visite de St Nicolas dans les maisons, le goûter des aînés. Sans parler de la participation à quelque carnaval ou sortie de géants.

À l’heure où le projet d’une maison de village interroge les habitants sur leur capacité d’accueil à la fête, arrêtons-nous sur quelques conditions de celle-ci.

La fête doit être soutenable pour son environnement. René Valette, économiste lyonnais, écrit dans Plaidoyer pour une mondialisation solidaire à propos du bruit nocturne qu’occasionne la rupture du jeûne musulman : « Si j’habite dans un logement correctement insonorisé, si je ne suis pas obligé de me lever tôt le matin […], alors je pourrai dire sans mérite particulier : « Mon voisin fait le ramadan ». En revanche, si s’accumulent les difficultés […] peut-être serai-je enclin à dire : « Ils me prennent la tête avec leur ramdam ». Il conclut : « Une société ne peut vivre paisiblement que si elle n’exige pas de ceux qui la composent d’être des héros ou des saints ».

La fête doit être fédératrice. Elle ne peut être totale si certains en sont écartés, de leur chef ou non. Du pauvre Lazare en marge d’une salle de somptueux banquets, au frère aîné que le père du prodigue tente de faire rentrer, l’évangile ne nous dit pas autre chose. Aussi, j’emprunte au village de Vezon la seconde partie du titre : la fête véritable est à tertous ! Avez-vous remarqué, dans l’énumération ci-dessus, qu’il y en avait pour tous les âges ?

 

Or, il nous arrive de ne pas être à la fête : notre corps est malade, ou notre humeur triste. Pourrons-nous malgré tout rester en phase avec ceux qui sont joyeux (Ro 12 : 15) ? Nous extraire du repli sur nous-mêmes ? Il nous faudra parfois faire appel à l’aide de Dieu ou de ses saints : chez nous St Hilaire, que nous fêterons bientôt – dimanche 15 janvier, 10 h 30 – invoqué pour les rhumatismes (traduisez arthrose, polyarthrite…) et les maladies des nerfs (dépression, burnout…).

 

Il nous arrive aussi de nous savoir mortels, et de percevoir qu’écluser une Thimougienne de plus n’y changera, hélas, rien. Alors, si vous passez au village lors d’une nuit prochaine, arrêtez-vous près de la crèche que le comité a érigée sur la pelouse de la place : il y règne à certaines heures une telle impression de douceur et de paix que vous saurez votre âme immortelle. Venez encore, comme bergers et rois mages, à la fête de la communauté Epiphanie – samedi 7 janvier, 18 h 30 – célébrer la manifestation de Dieu au monde qu’il aime. Le thème en sera cette année « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». Fédératrice, disais-je.

La nuit tombe… Dans sa torpeur, Thimougies s’interroge encore sur sa vocation. Un village sis en haut d’une colline peut-il rester caché ?

Il revoit, bienveillant, ces groupes de marcheurs français et flamands, venus dans la journée arpenter ses sentiers-promenade. Alors, tandis qu’au Moulin-à-van, une troupe scoute de la capitale entame une dernière partie de loup-garou, doucement, le village s’endort.
P.-J. S. (EAP)

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